Je tente maintenant un retour dans le passé, en espérant que ma mémoire ne me joue pas des tours, pour mettre en ligne ma toute première composition MAO. C’est une MAO un peu particulière car il s’agissait d’un "jeu" sur Playstation 1 que m’a fait découvrir un pote de l’époque, Alex dit "Hermanito". C’était le printemps 99, en toute logique. J’essaie de remettre ça en relation avec des évènements qui ont été liés à certaines périodes de ma vie (les années de fac sont un bon repère pour cela, les aventures amoureuses également, les phénomènes météorologiques - eclipse de 99 - tout comme les petits boulots et autres évènements foireux - type vol de voiture avec toutes mes compos dans le lecteur MiniDisc dedans!).
J’avais donc acheté la Playstation à l’automne 98 pour le jeu Granturismo. C’est donc le printemps suivant qu’Alex se pointe un jour à la maison avec sa Playstation pour me faire découvrir Music, publié par Codemasters/Jester Interactive. Ni une ni deux, j’étais tombé amoureux du programme, qui me laissait déjà entrevoir des nouveaux horizons de composition. En effet, jusque là, je m’étais adonné aux joies du live et des morceaux somme toute assez minimalistes sur la Groovebox, enregistrant chaque morceaux directement sur K7. A cette époque-là, c’était 8 pistes, des gros problèmes de multitimbralité mais où j’exploitais le potentiel de la MC-303 à fond. Mais je reviendrai là-dessus plus tard, surtout dans la perspective de reprendre certains morceaux de cette époque.
Donc, ni une ni deux, je suis allé m’acheter le programme pour me mettre de suite au boulot. Ce fut une révélation et une toute autre façon de travailler. Les samples étaient très bons et les possibilités d’édition réellement impressionnantes. Le tout premier morceau ainsi composé doit bien remonter au printemps 99, intitulé a posteriori Life is a (bad) trip, certainement lié aux soucis sentimentaux en gestation (après c’était, vacances en Espagne alors qu’on avait déjà rompu - les pires vacances de ma vie! - puis éclipse solaire du 11 Août à laquelle j’ai assisté avec une autre compo dans les feuilles). Ma première vraie rupture sentimentale (j’avais cédé à la tentation de la flûte enchantée) m’a d’ailleurs fait accoucher d’une de mes compos les plus sombrement magnifiques (mais ça sera certainement pour une autre fois).
Life is a (bad) trip a donc été créé de A à Z en très peu de temps (même pas une heure je crois) pour vous dire à quel point je fus emballé par ce mini-studio. Cela me permettait donc de faire visuellement du note à note, pas à pas, mesure par mesure, piste par piste et donc de travailler l’évolution, la progression de la mélodie de manière bien plus incisive et chirurgicale, au clap ou à la cymbale près, et surtout de pouvoir travailler les mélodies bien plus rapidement à partir d’une idée. Cela réduisait considérablement le temps de production d’un morceau et ce, de manière tout à fait audible. Bref, sans être un morceau très recherché (je crois d’ailleurs avoir à peine touché les samples en eux-mêmes), il s’agissait avant tout d’un exercice naturel d’ébauche de structure pour voir de suite ce que la bête avait dans les entrailles.
Sans me jeter de fleurs, la différence d’oreille - et disons-le de talent - a tout de suite fait la différence avec les compos de mon pote qui étaient totalement destructurées et manquant d’harmonies. C’est finalement difficile d’expliquer cette différrence si ce n’est que par celle d’avoir une capacité de dissection mathématique des morceaux que l’on entend (donc le solfège je présume plus l’oreille) et de retranscrire ces schémas dans des compos totalement nouvelles. En toute objectivité, l’expérience me fait dire que ce n’est pas donné à tout le monde. L’écart entre moi et Alex a été immédiat.
Toutefois, ce manque de grille de lecture de la musique ne signifiait pas pour autant manque d’imagination mélodique. Il avait cette espèce d’oreille neuve, non conditionnée par une certaine forme de conformisme. C’est pourquoi il y avait de bonnes idées, parfois surprenantes, qui méritaient d’être intégrées dans une structure harmonieuse. Mais peu importe, le plus important c’était qu’il s’amuse et on s’est longtemps fait des séances d’impros piano/groovebox et en toute logique, on a continué à se nourrir mutuellement de nos petites compos faites dans nos coins, donnant lieu à des séances d’écoute chez l’un et l’autre en buvant des bières. C’était mon premier fan! Il rebidouillait certains de mes morceaux, qu’il passait dans un mariage à l’occase et moins je me servais de certains de ses samples pour faire des morceaux plus structurés.
Life is a (bad) trip est donc le résultat d’une évolution majeure dans ma façon de composer, cette dernière m’ayant donné la faculté d’être très prolifique pendant au moins deux ans et de pondre pas moins d’une trentaine de morceaux, les enchaînant de façon naturelle. L’année 2002 aura été l’autre transition majeure, en marquant le retour à l’exercice de composition jouée et enregistrée simultanément avec un clavier, des racks et Protools. Mais ça, ça sera pour plus tard. Enjoy! 