Miroir, mon diabolique miroir

9:43 pm Cinema, Tranches de vie

Dis-moi qui mérite de mourir en ce monde? Telle pourrait être la baseline de tous les films qui jouent sur la terreur qu’un regard seul peut provoquer. Dans le prolongement de mon post d’hier, on peut montrer toutes les horreurs visuelles qu’on veut, la plus indicible et la plus intense des terreurs est celle, dans mon ressenti, qui est provoquée par un regard maléfique ou fou. Car il ne fait que refléter tout ce qu’il peut y avoir de malsain et malin à l’autre extrémité du nerf optique. Et on peut y adjoindre des effets pour l’exacerber, ce qui rend l’expérience encore plus dérangeante. On peut me montrer tous les monstres qu’on veut, ils ne sont rien comparés au regard extraordinaire de petits blondinets polis (d’ailleurs, un monstre au regard perdu en perd toute sa crédibilité anxiogène).

Un des films qui m’aura le plus marqué dans ma vie est Le Village des Damnés de Wolf Rilla. J’ai dû tomber sur ce métrage alors que je n’avais peut-être même pas 10 ans. Je n’ai pas revu ce film jusqu’au remake de Carpenter en 1995, qui colorisé et remis au goût du jour avec les trucages modernes, avait quelque peu tronqué et estompé cette vraie terreur d’enfant que je me souvenais avoir éprouvé en visionnant l’original. A cette époque, j’avais à la fois cette fascination et véritable inquiétude croissante juste avant les scènes que je savais allaient montrer les pouvoirs télépathes en action de ces petits blondinets, aux visages aussi inquiétants que leurs pouvoirs extraordinaires. Car le casting exceptionnel participe à la force visuelle et émotionnelle qui se dégage de ces séquences et qui m’auront marquées pendant des décennies, me laissant un souvenir impérissable d’avoir vécu une authentique expérience de peur brute. Ce film met mal à l’aise.

Alors, 20 ans plus tard, au moment où je décide de compléter ma filmo de John Carpenter, je me suis replongé dans ce petit bijou de notre bon vieux John et de sa photo inimitable. C’est vrai que c’est flippant, mais on tombe vite dans la surenchère d’effets qui, j’avoue, ne parvient qu’à n’être plus démonstratif que réellement terrifiant. Pourtant les ingrédients sont là. Alors je me suis jeté avec émoi sur la version originale et c’est avec une délectation masochiste d’exorcisme de mes vieux démons teintée de nostalgie que je me suis revu le film de Wolf Rilla. Ah! Il n’a rien perdu de sa force visuelle même si les arrêts photos sur les visages (à quelques exceptions près) ont un peu mal vieillis et sont clairement discernables, l’ambiance est toujours aussi pesante, avec cette bande-son incroyable. Le noir et blanc est juste magnifique et ce film n’a rien perdu de sa superbe. C’est bon la peur quand c’est aussi bien fait. Wolf Rilla distille ces petits frissons à dose homéopathique, ce qui accroît l’intensité de ces jubilatoires moments de plongée dans les tréfonds de l’entrebaillement de la porte de placard la nuit. Honnêtement, je n’ai jamais ressenti ça au cinéma depuis, même si le recul de mon expérience cinématographique critique et blasée peine à les faire ressurgir intacts. Une oeuvre qui reste néanmoins au summum du culte.

La première manifestation dans le film de Carpenter.

Et celle dans le film de Rilla

Télépathie groupée, frisson décuplé, toujours dans le remake de Carpenter

Jolis bambins au regard flamboyant. Cette séquence m’aura marqué à vie (la gamine a un visage VRAIMENT flippant)

Séquence ultime!

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