L’autre soir, en famille, on abordait la question de l’éducation. Ma soeur étant enceinte de 9 mois, le sujet partait sur les points de vue concernant l’éducation des filles et notamment ce que l’on pouvait constater des gamines de 12 qui voulaient maintenant s’apprêter comme les grandes (maquillage et tout le reste). Si je n’avais pas d’avis très arrêté sur la question, mon point portait surtout sur ce que l’on connait de l’évolution de nos enfants dans notre société et comment on devait 1) s’adapter ou 2) sévir. On peut vite être taxé de has been et complètement en marge des changements de mentalité, ce qui laisserait déjà présager de beaux clashs générationnels. J’en suis venu à me demander, mais qui on est pour juger de ce qui devrait être bon ou mauvais à 12ans? Mais si ça n’est pas nous, adultes, à qui revient cette tâche???
La question s’est révélée d’autant plus persistante en regardant l’autre soir le sans équivoque et explicite A history of violence de David Cronenberg, qui était annoncé avec une interdiction aux moins de 12 ans. Et là, au cours du film, je me suis dit mais que fout le CSA? Perso, en tant qu’adulte qui connait les penchants charnels de sieur Cronenberg et si j’avais eu une place responsable au sein du CSA, j’aurai interdit ça aux moins de 16 ans, recta. La réflexion sur ce que l’on peut montrer maintenant en toute impunité aux enfants a resurgi puissance 4 et je me suis vraiment questionné sur les critères qui ont permis au CSA de se dire qu’il y avait du montrable à heure de grande audience. Petit florilège: double meurtre, infanticide suggéré, fétichisme, cunni et 69 latéral, tronche littéralement éclatée, violence verbale et physique, énucléation contée, meurtre à coup de paume dans le nez, sexe violent dans un escalier (dont le consentement est difficilement discernable pour les esprits n’étant pas coutumiers des complexités des rapports adultes) et on finit avec des balles dans la tête, un meurtre gratuit et j’en passe. Bref, ce n’est pas un film qui conte florette façon guimauve bien sucrée: Cronenberg nous montre ce que ça fait de se faire péter la gueule ou le nez. C’est tout juste s’il nous montre pas une pipe (ah mais non ça, surtout pas! c’est moins de 18 ans direct - une face éclatée, non ça va c’est normal, vous pouvez le regarder en famille).
Je l’ai déjà constaté par ailleurs: je ne peux décidément pas faire confiance aveuglément aux recommendations du CSA, à moins que je sois déjà old-school dans ma tête. Mais honnêtement, je ne peux pas concevoir que la violence à l’écran se soit en ce point banalisée pour daigner montrer ça à des gamins de 12ans. On pourrait (à juste titre???) me dire que j’infantilise arbitrairement les gosses de cet âge, limite que j’insulte leur intelligence mais ça me met mal à l’aise. Maintenant faudrait-il que je m’étonne avec toutes les séries qu’on se tape avec viols en pagaille, meurtres, scènes de crime plein d’hémoglobine, macchabées en piteux état et autres histoires joyeusement sordides? A croire que nous sommes conditionnés par une certaine violence standardisée et que finalement, il n’y a que cela qui puisse nous distraire. Si tel est le constat, il faut vraiment se poser des questions, surtout lorsque l’on est responsable de son interdiction à certains publics. Il y a un truc qui méchappe de plus en plus et qui me fait limite flipper. Ah ouais, c’est du chiqué, c’est vrai… Mais l’acte de violence est quand même bien visible, même si stylisé et simulé. ![]()


