Un article intéressant du Time m’a interpellé l’autre jour concernant l’usage peut-être abusif de l’Auto-tune depuis un moment. C’est vrai que lorsque j’ai le malheur de m’attarder un peu trop sur Skyrock (oui oui j’avoue mais le supplice ne dure jamais longtemps), ça fait un moment que j’ai constaté ce fait : les voix sont souvent robotiques sans pour autant être du vocoder ou de la talkbox. Je connaissais l’auto-tune depuis l’album de Cher en 1998, porté à son paroxysme par Eiffel65 l’année d’après avec son tube Blue et son album Europop en en faisant leur marque de fabrique. Puis je trouve que ça s’était plutôt calmé. Mais voilà qu’il revient avec fracas et outrance dans les compos de R&B et de rap. Celui qui a remis cet ineffable effet au goût du jour est T-Pain.
Maintenant cet article pointe du doigt une forme de dérive qui remet en question l’essence même du chant, à savoir faire passer de l’émotion, peu importe les petits écarts de justesse. Je ne peux pas dire que j’adhère à une telle analyse, un chouilla conservatrice. On se met alors à accuser le système de faire de la production à la chaîne en minimisant le nombre de prises en rattrapant facilement les fausses notes et en se permettant de faire chanter des casseroles tant qu’elles ont un beau cul pour les clips.
C’est une conclusion un peu hâtive à mon sens car ce qui restera une valeur universellement reconnue, c’est qu’entendre une fausse note restera une écorchure sonore. Une voix qui chante faux, c’est un écartèlement. Et pourtant, on peut entendre dans le rock indépendant des belles chansons qui sont loin d’être parfaites au niveau du chant. Et c’est pas un problème. Je dirais même que ça fait partie de ce que l’auteur veut nous transmettre. C’est ce qui fait que l’univers musical est fascinant de différences et donc de richesses. La musique reste la musique. Je dis toujours, peu importe les instruments, c’est le résultat qui compte. C’est souvent les choses les plus intéressantes qui sortent des détournements (à ce titre l’anecdote sur l’origine de l’algorythme est fascinante).
Alors on se met à critiquer le formatage caca de la musique. Après être passé de la chaleur de l’analogique à la raideur du numérique, du support physique à l’immatériel, de la musique exclusive et rare à un produit de consommation de masse jetable, on passe de l’imperfection de l’émotion pure à la froideur de la perfection au pouillème de ton et à la double-croche près. Formater. Comme un disque dur. C’est l’ère du numérique! Il faut des voix robotiques. Berk! Perso je m’en fous, j’ai toujours aimé ces voix électronisées. L’idée d’une voix humaine traversant les composants me transcende. Je crois que ça ne s’explique pas. Et ça a commencé tôt.
Notre journaliste fait donc un parallèle un peu facile entre l’utilisation d’un effet et le fait d’y voir les prémises de la déchéance de l’industrie musicale. Les effets ont toujours fait partie de l’ambiance d’une musique, d’une époque et on aurait tort de s’en priver. Pourquoi critique-t-on ces ingénieurs sonores qui veulent innover? Une musique sans effet est chiante à mourir. Qu’auraient été les années 80 sans des bonnes réverbes et des delays? Qu’auraient été les Eagles sans l’Harmonizer? Qu’aurait été Roger Troutman et Zapp sans la Talkbox? Et si Kraftwerk n’avait pas distillé quelques sonorités au Vocoder sur le géniallissime Autobahn? On pourra dire bientôt : qu’aurait été T-Pain sans l’Auto-tune?
Car on accuse facilement T-Pain de ne pas savoir chanter, à tort. Effectivement, si le but de cet effet est de replacer les bonnes notes là où elles sont fausses, pour que l’effet soit maximal avec les réglages idoines, il faut chanter faux! Je vous mets au défi d’essayer de chanter faux quand vous avez l’oreille musicale. C’est un exercice très difficile, tout comme il n’est pas naturel de chanter avec une talkbox ou un vocoder (sauf si on change artificiellement la hauteur de note au detune pour la repasser à celle de base à l’auto-tune). Bref, à essayer avec Gsnap.
Bref, avant de tirer des conclusions hâtives sur l’avenir de la musique, il faut juste se dire que c’est un effet parmi tant d’autres qui sert la créativité et qui a son petit effet de mode. Qui dirait que Jodeci a eu tort d’utiliser la talkbox? Certainement pas moi. D’ailleurs, au nom de l’exploration sonore, Auto-tune dans ma prochaine compo! ![]()



Arnaud :
Date: February 21, 2009 @ 7:30 am
bien !!! 100% d’accord !