L’ennui me court après. Ce n’est pas faute d’essayer de lui mettre un boulevard mais je sens qu’il me bouffe la semelle le salopard. Il me manque une chose qui m’apparait comme de plus en plus essentielle: la passion. Vaste sujet qu’est la passion. Outre celui qui m’a valu (après une bonne série de pronostics très minutieux) d’obtenir un glorieux 12/20 à mon Bac de philo (après un lamentablissime 4/20 au bac blanc) et une petite mention, il est surtout celui, qu’on le veuille ou non, qui régit notre relation au monde et qui conditionne le sens que nous donnons à notre vie. Rien de pire que de ne pas se sentir investi par la mission que l’on s’est donnée, de se jurer que l’on fera de notre mieux, de faire ce qu’il nous plaît, coûte que coûte. Après un petit séjour dans la Silicon Valley britannique (le Sud-Ouest pour la partie Semi-conducteurs autour de Bristol) et après avoir rencontré, certes des grosses tronches mais surtout des visionnaires, l’élément qui m’a sans doute le plus marqué était le fait qu’ils disaient (surtout un) l’importance d’être passionné par ce que l’on faisait.
Un petit cheminement dans les lymbes de mon cerveau et une pinte plus tard, me revoilà avec cette révélation qui me revient tel un boomerang de véracité. Solitude. Ce mec avait raison. Je n’ai pu m’empêcher de faire une hyperbole avec ce que je connais des différences culturelles entre les anglais et les français et des erreurs d’interprétation d’un mot, pourtant si anodin au premier abord: interesting. On pourrait croire qu’il s’agit de quelque chose d’intéressant, à juste titre, alors que dans l’esprit d’un britannique, il ne sera le témoignage que d’une excitation bien mitigée. A contrario, ils seront dans une embellie emphatique en employant des fascinating, exhilirating, exciting, brilliant, qui nous paraissent bien trop enjoliveurs pour être vrais alors qu’ils auront là exprimé une forme de passion. Et non pas un simple intérêt.

Et c’est alors là qu’est sournoisement arrivée la petite claque révélatrice. Dans le cadre de mon boulot, je m’intéresse à beaucoup de choses mais aucune ne me passionne vraiment. La technologie, celle qui nous entoure, qui régit nos modes de vie et façonne notre avenir, est terriblement chiante quand on se retrouve parmi des tronches. Seul lueur dans mes yeux, le pragmatisme britannique qui fait que ces mecs-là sauront bien plus vite qu’ailleurs saisir l’opportunité d’en faire un business. En allant dans le centre R&D de chez ST Microelectronics, je me suis rendu compte que l’essentiel des techos étaient des mecs relativement âgés, au cheveu gris, voire gras. Quasiment aucune nana. Il y a des mecs qui analysent les marchés et les geeks qui tapent les lignes de codes et dessinent les processeurs. Faut que ces mecs-là soient passionnés, je vois pas comment ils peuvent faire autrement. Les autres sont justes là pour le monétiser. Et enfin y’a les mecs qui créent et utilisent toutes ces technologies.
Alors qu’en j’en reviens à moi, je me dis que la vraie chose qui me fait vibrer, qui me passionne vraiment (et pas vivre maleureusement) c’est de faire de la musique, point barre. C’est d’être du côté des créatifs. J’ai jamais été un technicien, je serai jamais ingénieur, j’aime mon prochain à petite dose, je serai jamais un commercial aux dents de Seigneur Dracul, jamais un fin stratège entrepreneurial et je ne sors pas d’Ecoles de commerce prestigieuses. Je suis assez intelligent pour comprendre un minimum le monde qui m’entoure pour faire mon taf correctement et ne pas voler l’argent que je gagne. I find it interesting but I’m not passionate. Putain. Jamais je ne retrouverai une émotion aussi vraie que lorsque j’explore mes émotions pour les retranscrire en musique. JAMAIS. Aucun boulot ne pourra jamais me fournir cela. Je le sais, je me connais maintenant. Je fais un boulot alimentaire qui me plait certes, mais qui ne me passionne pas. C’est un fait.
Et maintenant je fais quoi avec ça? Mardi, je retournerai bosser. Comme d’habituuuuuuuuuuudeuuuuu. Merde, c’est quand ma prochaine compo? ![]()

