Maximum Veneritude

1:40 am Tranches de vie

Vade retro putanas

A priori, vous ne voyez rien sur cette photo qui puisse m’énerver. Et pour cause, rien qui ne vous donne le moindre indice sur mon état d’esprit à ce moment bien précis. Je suis en première classe sur l’Eurostar, après qu’une putain de queue interminable m’ait bien brisé les noix, m’ait fait gruger tout le monde alors que ce n’est pas dans mes habitudes, et m’ait fait carrément reconsidérer les compétences du service de réservation des billets de mon taf quand je me suis fait rembarrer comme une grosse merde de mauvaise comédie car le billet n’a pas été réservé pour la bonne date. Je me fends (et me prends une GROSSE BITE DANS LE CUL) de 330 euros pour pouvoir partir en temps et en heure (en gros comme prévu si quelqu’un avait évité de foirer lamentablement son coup), car en plus, y’a plus que des strapontins dispos en deuxième.

C’est hallucinant la vitesse à laquelle nous demandons à notre cerveau de gérer tous les paramètres en un temps record afin de prendre la PUTAIN DE BONNE DECISION (et surtout qu’on évitera de vous remettre dans les dents même si c’est pas de votre faute). Et c’est la qu’on se remémore (comme les dernières secondes de votre vie ou vous voyez tout défiler) les anecdotes A LA CON qui se rapportent à cette stupide réservation : « n’oublie pas de vérifier le billet » « ouais ok, mais j’ai jamais eu aucun problème jusque la (comme quoi une fois n’est pas coutume, sur le coup tu as l’impression de balancer une banalité incommensurable alors que c’est le scellement de l’ironie du sort), tu regardes tout sauf les dates (surtout quand tu as plein d’autres billets et surtout AUTRE CHOSE A FOUTRE). Bref, C’EST LA SEMAINE DE MORT qui commence, et le week-end n’est théoriquement pas fini*. 

Vous ne voyez toujours pas de rapport avec la photo, c’est normal, c’était la mise en condition : (surtout que le TRUC vient de se reproduire A L’INSTANT) une provocation pour mes mirettes d’ivrogne opportuniste qui rentabilise, outre le fait de profiter égoïstement de la diff de prix qui m’évite les genoux dans les dents et les marmots qui braillent, la propension d’EPANCHER MA SOIF DE SOIFFARD en tapant allègrement dans une mini-bouteille de délicieux PIF, précédée d’une rasade de Champagne. Seulement voila, cette PUTAIN DE PHOTO relate le résultat d’un procédé mystérieux. Tel le tombeau d’Arles-sur-Tech, le verre de Champagne de cette meuf SE REMPLIT TOUT SEUL.

En effet, je note discrètement la ronde des nanas qui viennent lui proposer un petit plein de temps à autre. Est-le fruit d’une attention particulière car cette conne est quelqu’un de connu ou reconnu, ou juste le résultat antithétique du délit de sale gueule, ou simplement le fruit du favoritisme fortuit et avéré pour un certain type de clientèle (catégorie dans laquelle je pensais me situer de facto). Mais non, mon verre reste désespérément vide. Putain, on devrait me filer la bouteille pour la BITE énorme qui vient de me dilater le fion. Au vu des circonstances, j’en ai qui font que j’apprécie plus la valeur du Champs qu’on me sert que cette cloche qui ne finit par ne même plus y toucher. 

Et rebelotte pour la bouteille de pif pendant le repas ! Il y a un truc forcément… un truc qui m’échappe… Peut-être n’ai-je pas noté la petit signe de tête ou des yeux (à la façon dont mon père me racontait que ces petits signes discrets étaient très efficaces pour refuser les avances de chauffeurs de taxi en mal de clients a Beyrouth), peut-être suis-je complètement étranger aux connivences existantes ou peut-être n’ai-je pas assez intégré les avantages d’être en première et de solliciter un peu plus de carburant… J’en sais rien et je ne le saurai certainement jamais. J’ai un minimum de fierté pour ne pas quémander un top-up.

Entre les blasés qui demandent un verre d’eau (qu’ils ne boivent même pas) et les gens qui se font resservir plus que d’autres, je suis un petit mec lambda qui veut se faire une place entre les deux en épanchant sa soif et en rentabilisant son billet, c’est tout. Peut-être que je n’ai pas assez l’expérience de la première, dont j’abhorre les signes distinctifs mais adore les avantages. Ce soir je suis vénère. La rédaction de ce petit billet sur le coup aura au moins eu le mérite de me libérer et de me faire rigoler tout seul comme un con. Lorsqu’il sera publié, j’aurai tout oublié (ou presque) et il y aura eu bien d’autres choses qui m’auront fait cogiter.


*Edit : je ne croyais pas si bien dire ! En tout cas, le w-e s’est termine dans la douleur et l’aberration d’une fatalité qui avait envie de me faire manger la poussière. A l’arrivée à St-Pancras, j’aurai pu prendre la ligne Victoria pour aller direct me remettre de mes émotions à l’hôtel. MAIS NON. C’etait la seule ligne fermée le week-end pour cause de travaux. Le sort s’acharne. Je sais y’a pire dans la vie. Mais le fait est que ça ma bien saoûlé.

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