Suivre une étoile

10:26 pm Tranches de vie

L’autre jour, je lisais un article qui parlait de notre relation aux marques. Et que certaines, comme MacDo, faisaient tout pour qu’elles soient intégrées très tôt dans nos jeunes esprits, créant ainsi une relation de consommation privilégiée s’inscrivant dans le temps. C’est vrai, MacDo (ou encore mieux, Burger King) reste depuis tout jeune une marque associée au plaisir. Niveau vestimentaire, cela est aussi le cas. Nous avons tous des marques que nous affectionnons depuis longtemps.

En ce qui me concerne, il est toujours né d’un fantasme de fashion-victim, que nous avons tous connu, poussé par les modes de l’époque où nous étions les plus réceptifs. En général, à§a commence au collège. A l’époque, la marque qui recevait le plus d’attention de la part des jeunes était Chevignon, qui depuis, a bien disparu (il me semble) des cours de récré. Et là , mes yeux trainaient toujours sur les fringues des autres et il y a bien eu une marque qui a scellé son empreinte indélébile dans mon esprit. Starter. Elle était associée au rêve américain, aux dégaines des rappeurs, au Hip-hop qui apparaissait (donc un signe de rébellion), bref à tout ce qu’incarnait le style de la fin des années 80, début 90.

Leur slogan "Look for the star" faisait qu’effectivement, je le prenais au pied de la lettre et recherchais sur leurs blousons brillants "satin" à l’effigie des équipes de sport américaines l’étoile caractéristique de la marque au bas de la manche gauche, le S de Starter, gage d’authenticité.

Au collège, où j’étais dans une classe d’enfants de parents anglophones, certains portaient cette perle que j’enviais, souvent achetée aux Etats-Unis pour la plupart. Chicago Bears, Miami Dolphins ou Heat, Orlando Magic, San Francisco 49ers, Boston Celtics, Los Angeles Raiders, New York Yankees, Penn State et j’en passe. Quelque soit l’équipe, on disait pour ce blouson, LE Starter, qui était vendu pas loin de 1000 balles à l’époque et qui avait la réputation de créer des envieux, au point de se le faire dépouiller. J’ai tanné mes parents pour en avoir un.

Le jour où mon père a cédé en été 91, je le vois encore demander à la vendeuse si c’était pas de la came et je l’entends encore lui rétorquer que 10 ans plus tard, je l’aurais toujours (même que à§a m’avait traumatisé car je m’imaginais déjà qu’entre-temps, j’aurai déjà passé le bac!). Et bien, c’est vrai, 16 ans après, il est toujours aussi beau, ayant même résisté à une belle glissade sur le bitume après une gauffre en moto.

A cette époque, surtout au lycée, j’étais toujours en quête de ce fameux S que je voulais retrouver sur mes fringues, que j’allais chercher dans mon petit magasin fétiche "Jackie Jeans", que je souhaitais exhiber fièrement et que tout le monde le reconnaisse. Casquettes, sweats, t-shirts, chemises. Toute ma thune y passait! Si c’est pas de la fashion-victim attitude à§a. Comme dit Akhenaton dans "l’Americano", on voyait l’Amérique dans tous mes vêtements. Ma chemise de baseball rouge vif (que je vais revendre d’ailleurs) me valait de me faire taxer dans la rue de "zoulou", de rappeur quoi. L’époque où je découvrais le Hip-hop c’est vrai mais où j’écoutais surtout de la tek et de la dance.

Ah ces souvenirs! Quelle époque. Elle a disparu comme la marque d’ailleurs, qui a, en 1998, apparement déposé le bilan. Il s’agit donc d’une marque purement vintage, associée à la belle époque des années 80 et 90. Et malgré cela, les prix à l’occase sur Ebay n’ont même pas flambé, bien au contraire. On retrouve une floppée de pièces, pour certaines rares, disponibles pour un dixième des prix de l’époque. La vieillesse se fait sentir quand on est nostalgique. Et moi, je me vautre dedans, avec délectation. Je chine et dégote des affaires en or, qui me rappellent ma jeunesse et comblent une éternelle frustration d’enfant gà¢té. J’assume. Je suis mon étoile. 

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